Cartographier l’avenir : Kisangani expérimente les SIG et la télédétection pour une gouvernance foncière durable en Afrique.

Cartographier l’avenir : Kisangani expérimente les SIG et la télédétection pour une gouvernance foncière durable en Afrique.

BIOVERTMEDIA
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Dans une ville en pleine expansion démographique, l’ingénieur géomètre-topographe Kambale Mutsira Thamwasi démontre comment les technologies géospatiales peuvent transformer la gestion foncière et offrir des solutions concrètes aux défis urbains africains, en phase avec les objectifs mondiaux de développement durable.

La République démocratique du Congo, et particulièrement la ville de Kisangani, est confrontée à une pression foncière croissante. Absence de cadastre numérisé, multiplicité des régimes fonciers, corruption et occupations illégales des terres ont longtemps paralysé la gouvernance urbaine. Dans ce contexte, le travail de fin de cycle de Kambale Mutsira Thamwasi, réalisé à l’Institut du Bâtiment et des Travaux Publics de Kisangani, apporte une réponse scientifique et pratique en mobilisant les Systèmes d’Information Géographique (SIG) et la télédétection pour l’identification parcellaire dans le quartier COMMERCIAL de la commune Makiso.

La méthodologie adoptée par l’auteur illustre une approche rigoureuse et innovante. Elle combine la collecte de données cadastrales et administratives, l’exploitation d’images satellites récentes, le géo-référencement des informations, la cartographie des parcelles et l’analyse des évolutions foncières. Cette démarche rappelle les travaux de Scherrer (2007), qui a montré que l’intégration des SIG dans la gestion urbaine au Burkina Faso permet de réduire les coûts et d’améliorer la fiabilité des données. De même, Bodart (2004) a démontré que la télédétection est un outil efficace pour analyser les dynamiques environnementales et foncières dans les zones en forte pression anthropique.

Les résultats obtenus à Kisangani sont significatifs : une cartographie fiable des parcelles, une identification des irrégularités foncières, une réduction des litiges et une facilitation des procédures administratives. Ces avancées contribuent à la transparence entre les services cadastraux et les habitants, tout en renforçant la sécurité des droits de propriété. Elles s’inscrivent dans les ambitions de l’ODD 11 – Villes et communautés durables, qui prône une urbanisation inclusive et résiliente (ONU-Habitat).

Au-delà du cas de Kisangani, l’Afrique connaît une vague de réformes foncières numériques. Dans le Nord-Kivu, des projets pilotes d’e-gouvernance foncière ont été initiés dès Beni puis étendus à Goma en 2025, avec l’appui du PNUD et de l’ONG Aide et Action pour la Paix. Ces projets visaient à stabiliser les entités locales et à réduire les conflits fonciers en élaborant une Stratégie Provinciale d’Intervention Foncière. À Kinshasa, le projet e-Foncier lancé en 2022 par le ministère des Affaires foncières a marqué une étape nationale, avec la numérisation du cadastre, l’interconnexion des circonscriptions foncières et l’intégration de la blockchain pour sécuriser les transactions. Ces initiatives rejoignent les pratiques observées à Nairobi, où les SIG ont permis de réduire les conflits liés à l’occupation des sols, ou encore à Ouagadougou, où la cartographie numérique est devenue un levier essentiel pour planifier un aménagement urbain inclusif. En Afrique du Sud, des plateformes ouvertes comme GeoLayers pour Johannesburg et Cape Town facilitent l’accès aux données cadastrales, tandis que l’Africa GeoPortal d’Esri met à disposition des outils géospatiaux pour améliorer la gouvernance urbaine.

Il est important de souligner que le travail de Kambale Mutsira Thamwasi ne se limite pas à un exercice académique. En reliant les données géospatiales aux réalités sociales et économiques, il démontre que l’innovation technologique peut être un moteur de transformation sociale et environnementale. Cette approche rejoint les principes de la choralogie, une discipline récente proposée par Jan Bogaert et ses collaborateurs, qui considère l’espace comme une ressource limitée et souvent utilisée de manière sous-optimale. La choralogie vise à développer des méthodes pour gérer l’espace de façon parcimonieuse face aux pressions démographiques et écologiques. Contrairement à la chorologie, qui étudie la répartition des espèces vivantes, la choralogie met l’accent sur l’usage humain de l’espace et propose des indicateurs pour mesurer la consommation territoriale (Kouagou Raoul SAMBIENI, ERAIFT 2020). Elle analyse les erreurs d’aménagement, comme l’étalement urbain non contrôlé, et cherche à valoriser les moindres espaces disponibles, y compris les interstices végétaux en milieu urbain, afin de préserver la qualité de vie.

Ainsi, inscrite dans une dynamique africaine plus vaste où plusieurs villes expérimentent déjà l’e‑gouvernance foncière, l’étude de Kambale Mutsira Thamwasi sur l’apport des SIG et de la télédétection à Kisangani se distingue par sa double portée. Elle enrichit la littérature scientifique en Afrique centrale sur l’usage des technologies géospatiales, tout en nourrissant la réflexion académique à travers un rapprochement avec les principes de la choralogie, discipline émergente qui considère l’espace comme une ressource rare et à gérer avec parcimonie. En offrant aux autorités locales un outil moderne pour planifier un développement urbain durable et transparent, cette recherche contribue également à une vision continentale où l’innovation géospatiale et la gestion parcimonieuse de l’espace deviennent des piliers essentiels de la gouvernance foncière. Elle démontre que l’intégration des données géospatiales aux réalités sociales et économiques peut transformer la gestion urbaine en moteur de justice sociale, de durabilité environnementale et de résilience face aux pressions démographiques.

Richard M. Kalayi

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